Erwin Blumenfeld: Un pionnier du photomontage et de la photographie de mode

Né à Berlin en 1897 dans une famille d'origine juive, Erwin Blumenfeld fut une figure marquante et novatrice de la photographie de mode du milieu du XXe siècle. Son parcours artistique, jalonné d'expérimentations audacieuses et d'une profonde sensibilité, a laissé une empreinte indélébile dans l'histoire de l'art visuel.

Portrait d'Erwin Blumenfeld, photographe influençant le XXe siècle.

Les débuts d'un artiste anticonformiste

Dès son adolescence, marqué par la mort prématurée de son père, Erwin Blumenfeld abandonne ses études pour un apprentissage dans la confection. La Première Guerre mondiale le voit servir comme ambulancier, une expérience qui le pousse à déserter et à s'exiler aux Pays-Bas en 1920. C'est là qu'il participe à la fondation du mouvement dada d'Amsterdam aux côtés d'amis comme Georg Grosz et Paul Citroën, expérimentant l'écriture poétique et la caricature sous le pseudonyme de Jan Bloomfield.

En 1921, il épouse Lena Citroën, avec qui il aura trois enfants : Lisette, Henry et Yorick. Le couple ouvre une boutique de maroquinerie, la Fox Leather Company, où Erwin commence à proposer des portraits photographiques à ses clientes. Dès 1932, il ose s'aventurer dans la photographie de nus, démontrant une audace précoce.

Collage dadaïste d'Erwin Blumenfeld, mêlant typographie et fragments d'images.

L'ascension parisienne et la reconnaissance internationale

En 1936, suite à la faillite de sa boutique, Erwin Blumenfeld s'installe à Paris. Il y fréquente les milieux artistiques et réalise des portraits de personnalités telles que Henri Matisse et Georges Rouault. Sa rencontre avec Cecil Beaton s'avère déterminante ; ce dernier lui obtient un contrat avec le magazine Vogue France en 1937, marquant le début de sa carrière dans la photographie de mode. Parallèlement, il ouvre un studio et collabore avec des publications renommées comme Harper's Bazaar, Verve et Vogue France.

Dès les années 1916-1933, Blumenfeld avait déjà réalisé de nombreux dessins, collages et photomontages d'esprit dadaïste, jouant avec la typographie et les fragments d'images. Cette approche expérimentale se retrouve dans ses œuvres ultérieures. Il fut l'un des pionniers à utiliser des techniques telles que la solarisation, la surimpression, la fragmentation et le photomontage, repoussant les limites de la photographie pour créer des images saisissantes.

Photomontage

Les années sombres de la guerre et l'exil aux États-Unis

La Seconde Guerre mondiale marque un tournant dramatique dans la vie de Blumenfeld. En 1939, il est interné en tant qu'Allemand en France, d'abord à Montbard, puis dans d'autres camps. Sa famille est séparée et également internée. Après des tentatives infructueuses pour quitter le pays, il parvient finalement à s'enfuir avec sa famille à New York en 1941, grâce à l'aide de la Hebrew Immigrant Aid Society.

L'internement fut une épreuve terrible. "All those wretched people lived five horrifying days in the enormous interior filled with deafening noise … among the screams and cries of people who had gone mad, or the injured who tried to kill themselves", se souvient-il des camps. Des milliers de Juifs, dont sa propre fille Lisette, furent internés dans des conditions déplorables, illustrant la complicité du régime de Vichy dans la persécution.

Photographie d'Erwin Blumenfeld de la famille Blumenfeld réfugiée.

L'âge d'or américain et l'héritage d'un visionnaire

À New York, Erwin Blumenfeld renoue rapidement avec l'industrie de la mode. Il partage un studio avec Martin Munkacsi avant d'ouvrir le sien en 1943. Sa carrière prend alors un essor fulgurant. Il collabore avec Harper's Bazaar puis Vogue, réalisant de nombreuses couvertures et photographies qui paraîtront dans des magazines prestigieux comme Look, Life, Coronet et Cosmopolitan.

Dans les années 1950, il devient l'un des photographes les mieux payés au monde, immortalisant des icônes telles qu'Audrey Hepburn, Marlene Dietrich et Grace Kelly. Son travail se caractérise par une maîtrise exceptionnelle de la couleur et du noir et blanc, ainsi qu'une audace formelle inégalée. Il expérimente sans relâche, saturant les couleurs, les décomposant, les filtrant pour créer des effets visuels inédits.

Photographie emblématique

Parmi ses œuvres les plus célèbres, on peut citer :

  • What Looks New (Vogue, 1947) : une fragmentation cubiste d'un visage aux multiples bouches pour un rouge à lèvres.
  • Œil de biche (Vogue, 1949) : un recadrage en noir et blanc sur l'œil gauche, la bouche et le grain de beauté rehaussés de couleur.
  • Mannequin en béret et manteau rouges sur fond rouge (Vogue, 1954).
  • Sa vertigineuse photographie du mannequin Lisa Fonssagrives sur la tour Eiffel (Vogue, 1939).

Erwin Blumenfeld, un photographe dans l'histoire

Au-delà de la mode, Blumenfeld a également réalisé des photomontages politiques marquants, comme son œuvre Hitler (1933), qui symbolise et anticipe la déshumanisation du dictateur. Son travail, influencé par des artistes tels que Man Ray et George Grosz, a constamment exploré les possibilités expressives de la photographie, faisant de lui un véritable visionnaire.

Vie personnelle et héritage

La vie personnelle d'Erwin Blumenfeld fut également complexe. Après son arrivée à New York, il travaille avec son assistante Kathleen Levy-Barnett, qui devient sa maîtresse avant de l'épouser en 1956. Plus tard, il entretient une relation avec Marina Schinz, qui l'aide à rédiger son autobiographie, Jadis et Daguerre, publiée après sa mort en 1969.

Erwin Blumenfeld décède d'un infarctus à Rome le 4 juillet 1969. Son œuvre, riche et diversifiée, continue d'inspirer et de fasciner, témoignant de son génie créatif et de sa capacité à saisir l'esprit de son époque tout en anticipant les tendances futures.

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