Apocalypse Now Final Cut : L'Épopée Réinventée

Dans le cadre du cycle Gastronomie et arts culinaires de l’Université Populaire de Colomiers, le cinéma Véo Grand Central vous propose la projection du biopic historique La passion de Dodin Bouffant, de Tran Anh Hung, avec Juliette Binoche et Benoît Magimel. Eugénie, cuisinière hors pair, est depuis 20 ans au service du célèbre gastronome Dodin. Au fil du temps, de la pratique de la gastronomie et de l'admiration réciproque est née une relation amoureuse. De cette union naissent des plats tous plus savoureux et délicats les uns que les autres qui vont jusqu’à émerveiller les plus grands de ce monde. Pourtant, Eugénie, avide de liberté, n’a jamais voulu se marier avec Dodin.

La Genèse d'une Œuvre Restaurée

1979-2019. Pour son quarantième anniversaire, la mythique palme d’or de Coppola s’offre et nous offre un lifting complet, entourée d’un tombereau de superlatifs technologiques. Version Dolby Vision® très haute définition 4K restaurée d’après les négatifs d’origine, son Dolby Atmos® également d’après le master original qui à lui seul avait valu un Oscar au film, nouveau montage qui réduit la version Redux précédente d’une demi-heure, mais augmente la version originale d’une heure… À condition de choisir une salle bien équipée, le show peut recommencer, grandiose.

Francis Ford Coppola sur le tournage d'Apocalypse Now

Au départ, une insatisfaction du maître, sensible à certaines critiques : la version Redux de 2001 était jugée trop lourde, qui portait à 3h 22 celle d’origine de 2h 33. Il aura fallu pas moins d’un an de travail d’après les douze kilomètres de négatifs d’origine pour ciseler cette dernière mouture qui, de fait, redonne à voir, à entendre et à ressentir cette œuvre avec un souffle renouvelé, et devrait pouvoir capter un jeune public formé à l’exigeante école Avengers.

Une Immersion Sensorielle Inégalée

Dès lors et dès la première seconde, Apocalypse Now Final Cut nous immerge au sein d’un déferlement continu de sensations décuplées. Sons d’une jungle oppressante et époustouflante, ballet d’hélicoptères obsessionnel spatialisé au-dessus du public par les enceintes au plafond, vibrations de retors angoissantes restituées par les basses spéciales, frappes de B52 comme autant de montées d’adrénaline.

Scène emblématique du ballet des hélicoptères dans Apocalypse Now

Le prodigieux retravail de la bande son à partir du mythique mixage en six pistes de Walter Murch offre une puissance inégalée à la longue introduction-incantation des Doors - jamais aussi bien utilisés avec l’inégalable Who’s that knocking at my door de Scorsese ; les pales du premier hélico (reproduit au synthétiseur) se confondant avec celles du ventilo de Martin Sheen n’ont jamais été si proches de l’hallucination auditive et visuelle ; dès les premières minutes, il est certain que la débauche de nouvelles technologies rend un immense hommage à ce film qui semblait n’attendre qu’elles pour trouver sa juste démesure. Jusqu’au grain de la voix de Marlon Brando qui semble nous envelopper comme pour la première fois dans de poignants et ténébreux veloutés.

Bande annonce * trailer * Apocalypse Now Final Cut * Date de sortie : 26 septembre 1979 (3h 02min)

La montée d’adrénaline est non seulement assurée, mais immédiate et phénoménale avec son cortège de peur, d’attente impatiente, de saturation émotionnelle qui délivre en continu la sensation de frôler une folie qui n’a rien de douce, la folie destructrice des champs de guerre, la folie des hommes livrés tout entiers à leurs pulsions déchaînées.

La Guerre, une Apocalypse Sensorielle

La guerre est une apocalypse et Apocalypse Now Final Cut nous y plonge en nous faisant côtoyer les cimes et les gouffres dans un délire de fumigènes colorés, passant du grandiose au grandiloquent, du feu d’artifice à la foire du Trône, du théâtre à l’opéra, de l’orgie psychédélique au carnage monstrueux, de l’absurde existentiel aux pulsions de meurtre. La guerre trouve une dimension sensorielle débordante, épuisante, la mort n’est guère qu’un spasme de plus, un spasme ultime presque orgasmique dans ce film maintenant si dénué de sexe mais si plein de fièvre, jusqu’à atteindre l’état de transe hypnotique. Même l’héroïsme se voit ramené à la folie du clivage émotionnel d’un lieutenant-colonel si spectaculairement coupé de ses émotions qu’il se dresse sans coup férir au milieu des bombardements.

Un Parcours Éditorial Complexe

Question montage, un bref historique. La première version cannoise de 1979, déjà raccourcie à 2h 33, est suivie par une deuxième en 2001 en Blu-ray de 3h 22 où Coppola et les distributeurs décident « d’assumer la lourdeur » en réintégrant tout ce qui avait été coupé, version nommée Apocalypse Now Redux et critiquée. Coppola réalise que si la première version est trop courte, la seconde est trop longue. Il décide de travailler à la version qu’il juge idéale pour le public contemporain et au plus proche de sa vision d’origine : cette troisième version nommée Apocalypse Now Final Cut contracte quelque peu la version Apocalypse Now Redux, supprime notamment la scène des playmates avec les deux soldats ou celle du colonel Kurtz lisant un vieil article du Times, mais restitue la scène terrible où Kurtz raconte l’histoire des bras coupés des personnes vaccinées contre la polio.

Le long passage avec Aurore Clément demeure intact et c’est bonheur que cette douceur illuminée de l’actrice au milieu du déluge de violence, que ce dîner si frenchy animé par une discussion politique ne laissant aucun doute sur la piteuse vision de l’Amérique par l’auteur.

Aurore Clément dans Apocalypse Now Final Cut

Un Miroir de l'Amérique et de ses Erreurs

L’Amérique est là tout entière, n’y manque que Marylin Monroe, l’Amérique est là dans cette œuvre visionnaire qui patientait depuis des décennies dans l’attente d’être redécouverte, avec ses grandeurs et ses horreurs. C’est de nouveau un choc. La peinture sanglante de l’immense erreur que fut la guerre du Viêt-Nam nous confronte aujourd’hui au même constat d’échec en Afghanistan et en Irak, vraisemblablement pour les mêmes raisons. En 79, Coppola en fait un opéra. Au siècle suivant, Homeland en tire une série d’espionnage brillante et haletante.

tags: #final #cut #la #grande #echappee

Articles populaires: