Parc éolien "Les Ailes du Taillard" : photomontages et controverses
Contexte du projet et opposition initiale
Le projet de parc éolien "Les Ailes du Taillard", porté par la SAS Ailes de Taillard-Total-Energies, a suscité une vive opposition de la part des associations locales et des habitants. Ces derniers contestent l'arrêté préfectoral du 15 janvier 2025 autorisant l'implantation d'éoliennes géantes dans la forêt de Taillard. Le recours a été déposé devant la Cour administrative d’appel de Lyon par trois associations : Protégeons Taillard, les Sources de Taillard, et Défense du Patrimoine forestier, ainsi que par des habitants concernés.
Les critiques envers le projet sont multiples. La Commission départementale nature paysages et sites de la Loire a émis un avis défavorable, soulignant les enjeux pour l'environnement exceptionnel du site, qualifié de "château d'eau naturel" et abritant une riche avifaune protégée. Des contributions défavorables avaient déjà été déposées lors de l'enquête publique de 2017 par deux associations agréées pour la protection de l'environnement : FNE Loire et LPO Loire.
Un projet éolien voisin, jugé comparable et situé sur la partie Est de la grande forêt de Taillard dans la commune de Vanosc, a été rejeté par la Préfète de l'Ardèche en juin 2025, avec plus de 80 considérants. Cet exemple renforce les arguments des opposants au projet des "Ailes du Taillard".
Modifications substantielles et nuisances accrues
Les promoteurs du projet n'auraient pas informé le public des modifications substantielles apportées à celui-ci, alors même que ces changements sont susceptibles d'aggraver les nuisances visuelles, sonores et infrasonores pour les habitants de Saint-Sauveur-en-Rue et du quartier de Gimel à Saint-Régis-du-Coin. Le doublement de la surface balayée par les pales des dix éoliennes, d'une hauteur de 157 mètres, augmente significativement le risque de mortalité par collision pour la riche avifaune protégée et les populations de chauves-souris (chiroptères).
L'aménagement d'un nouvel accès au site, prévu à partir du col du Tracol sur la commune de Riotord en Haute-Loire, occasionnera des travaux importants sur 4,2 kilomètres de chemin rural en site forestier. Une seconde "balafre" de plusieurs hectares sera ainsi créée dans la forêt de Taillard pour l'implantation du parc éolien.

Critiques sur la communication et le "greenwashing" de TotalEnergies
Les promoteurs locaux du projet ont régulièrement mis en avant son caractère exemplaire, censé promouvoir la limitation des émissions carbonées et la mise en œuvre d'une énergie "propre et verte". Cependant, ces affirmations sont mises à mal par la récente condamnation de TotalEnergies par le Tribunal Judiciaire de Paris pour pratiques commerciales trompeuses. La compagnie a été jugée coupable d'avoir induit le consommateur en erreur concernant ses allégations de neutralité carbone et son rôle dans la transition écologique.
Il s'agit de la première condamnation mondiale d'une major pétrogazière pour avoir trompé le public en "verdissant" son image. Les associations plaignantes, telles que Les Amis de la Terre, Greenpeace et Notre Affaire à Tous, ont salué cette décision. La stratégie de TotalEnergies ne prévoit pas de réduction significative de ses émissions globales d'ici 2030, ce qui rend légitime le reproche de "greenwashing" lorsqu'elle met en avant des projets tels que "Les Ailes du Taillard".
Le tribunal a ordonné à TotalEnergies et sa filiale française de cesser de diffuser des allégations mensongères sous peine d'astreinte. Les sociétés ont également été condamnées à verser des dommages et intérêts aux associations.

Démarches juridiques et recours
Face à l'arrêté complémentaire du Préfet de la Loire du 16 janvier 2025, qui modifiait substantiellement l'arrêté initial d'exploitation du 18 mars 2018 pour autoriser l'implantation de 10 éoliennes géantes de 157 mètres de haut, l'association Protégeons Taillard a engagé un recours juridique. Après avis de son avocat, Maître Guillaume Grisel, et délibération du Conseil d’administration, l’Assemblée générale a donné mandat à l’unanimité au Président pour cette démarche.
Les motifs du recours portent sur la nature substantielle des modifications du projet éolien, qui auraient dû faire l'objet d'une nouvelle enquête publique en raison de l'aggravation des nuisances environnementales. Suite à un recours gracieux auprès du Préfet de la Loire, un recours contentieux a été présenté devant la Cour administrative d’appel (CAA) de Lyon le 16 juillet 2025.
Plusieurs associations se sont opposées au projet éolien, dénonçant notamment l'impact visuel sur la crête de Taillard, les risques de pollution de la nappe phréatique en cas de fuite de liquide de refroidissement, le défrichage de 10 hectares et les vibrations engendrées par les ailes. Le conseil d’administration du parc du Pilat a d'ailleurs émis un avis négatif sur le projet.
Les Ailes du Taillard - Parc éolien participatif
Analyse des décisions judiciaires et réglementaires
Le projet "Les Ailes du Taillard" a fait l'objet de plusieurs procédures judiciaires. La société Les Ailes de Taillard avait sollicité deux permis de construire pour l'édification de dix aérogénérateurs dans le massif du Pilat. Après des refus initiaux, les permis ont finalement été délivrés par arrêtés du préfet de la Loire le 5 février 2018. Une autorisation au titre des installations classées pour la protection de l'environnement (ICPE) a également été délivrée par arrêté du préfet le 11 mai 2018.
Cependant, le Tribunal administratif de Lyon a rejeté, par deux jugements du 27 mars 2020, les requêtes déposées contre les permis de construire et l'autorisation d'exploiter. La Cour administrative d’appel de Lyon, par un arrêt n° 20LY02419 du 30 mars 2023, a confirmé cette décision en rejetant l'appel formé par l'association Protection de la grande forêt de Taillard et autres. Le Conseil d'État a également rejeté les recours, considérant que l'étude d'impact était suffisante et que le projet était compatible avec les exigences de préservation de l'environnement montagnard.
Malgré ces décisions, les opposants continuent de dénoncer les insuffisances du projet au regard du code de l'environnement et de la législation sur les parcs naturels régionaux. L'implantation d'éoliennes dans une zone dédiée à la protection des paysages est jugée paradoxale, d'autant plus que le site se situe à une altitude élevée et sur une ligne de crête majeure, formant un barrage visuel sur plusieurs kilomètres.
Le rôle de TotalEnergies et la gouvernance du projet
La "SAS Les Ailes de Taillard" est une entreprise éolienne détenue majoritairement par le groupe Total, via sa filiale TOTAL-QUADRAN. La gouvernance de la société est particulière, avec un "Comité Stratégique" comprenant des représentants de TOTAL-QUADRAN, de la collectivité territoriale partenaire et des autres actionnaires. Bien que le projet soit présenté comme "participatif" et "citoyen", la réalité est que la part de Total-Quadran évolue de 50% en phase de développement à 80% en phase d'exploitation.
Cette structure soulève des questions sur la participation réelle des acteurs locaux et la dégradation du cadre de vie des habitants. L'ambition industrielle de TOTAL-QUADRAN semble primer sur les intérêts locaux.

Impact paysager et environnemental
Le parc éolien, composé de dix éoliennes de 157 mètres de haut, formera un alignement de plusieurs kilomètres sur la crête du massif de Taillard. Les photomontages présentés lors de l'enquête publique font apparaître un aspect de "barrière mécanique" interrompant la trame verte et bleue du massif. La Société Pour la Protection des Paysages et de l’Esthétique de la France (SPPEF - Sites & Monuments) a dénoncé une "effraction de la méga-industrie dans des paysages jusqu’ici préservés", soulignant la contradiction entre la verticalité et la linéarité mathématique des éoliennes et l'esthétique propre des paysages montagnards.
La forêt de Taillard, d'une superficie d'environ 4 000 hectares, abrite de nombreuses espèces remarquables, plantes, oiseaux et chauves-souris. Le projet soulève des inquiétudes quant à l'impact sur la faune, notamment le risque accru de collision. De plus, le site se trouve dans le périmètre du Parc Naturel Régional du Pilat, dont la charte vise la protection des paysages et du patrimoine naturel et culturel.
Le risque d'incendie de forêt, déjà avéré dans la région, pourrait être aggravé par le réchauffement climatique et l'implantation d'infrastructures éoliennes. Les études produites par le promoteur ont été analysées par les associations, qui ont soulevé des points d'inquiétude concernant l'impact sur les paysages, les sites et monuments historiques, la faune et la flore, ainsi que l'hydrologie de la zone.

Patrimoine historique et culturel menacé
Les villages alentour du projet éolien de Taillard possèdent un riche patrimoine historique et culturel. On trouve notamment à Riotord l'église romane du XIIe siècle et l'église de l'ancienne abbaye cistercienne de Clavas, inscrite aux monuments historiques. À Burdignes, les ruines du château de Montchal et le site mégalithique de la Baignoire des Gaulois sont à signaler. Saint-Sauveur-en-Rue abrite l'église Saint-Sauveur (XIIe siècle) et deux châteaux. À Bourg-Argental, l'église de Saint-André est classée depuis 1840.
Dans la commune de Pradelles, des vestiges de la chapelle Sainte-Marie Madeleine de la Chabassole, datant au moins de 1654, ont été inscrits dans la carte archéologique en 2022. Un diagnostic archéologique a été prescrit en 2023 en raison d'un projet éolien sur le même site. L'association "Pas d’éoliennes à la Chabassole" a confirmé la présence de ruines caractéristiques.
Début des travaux et perspectives
Après des années de procédures administratives et de recours juridiques rejetés par le tribunal administratif de Lyon, la Cour administrative d’appel et le Conseil d’État, les premiers travaux de défrichement en vue de la construction du parc éolien des "Ailes de Taillard" ont débuté sur les communes de Burdignes et Saint-Sauveur-en-Rue. Ces interventions visent à permettre la réalisation d'études géotechniques.
Une pause environnementale est prévue entre avril et août 2026 pour respecter la saison de nidification. Le chantier de construction à proprement parler débutera en septembre 2026. L'autorisation d'exploiter pour l'opérateur Quadran (filiale de Total) est attendue, et pourrait encore retarder le dossier en cas de nouveaux recours.
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