Les photomontages et la manipulation de l'information dans le football : le cas Messi
La diffusion virale d'une fausse déclaration attribuée à Lionel Messi en mai 2018, accompagnée d'un photomontage le représentant avec un T-shirt "Free Palestine", a mis en lumière les mécanismes de la désinformation dans le contexte du football et des tensions géopolitiques. Cette manipulation visait à amplifier la polémique autour d'un match amical prévu entre l'équipe d'Argentine et Israël.

La "Tournée de la Paix" du FC Barcelone en 2013
Pour comprendre le contexte de cette manipulation, il est nécessaire de revenir sur la "tournée de la paix" effectuée par les joueurs du FC Barcelone en Palestine et en Israël en août 2013. Cette initiative, visant à promouvoir la paix, a été marquée par des rencontres symboliques et des matchs d'entraînement avec des équipes locales.
Première étape : Bethléem et rencontre avec Mahmoud Abbas
Le 3 août 2013, premier jour de la tournée et jour de Shabbat en Israël, Messi et ses coéquipiers ont visité Bethléem, incluant la basilique de la Nativité. Ils ont ensuite rencontré Mahmoud Abbas, le président palestinien. Cette journée s'est conclue par un match d'entraînement avec une équipe palestinienne à Hébron.
Deuxième étape : Jérusalem et rencontre avec Shimon Pérès
Le lendemain, 4 août 2013, la délégation barcelonaise s'est rendue au Mur des Lamentations à Jérusalem. Ils ont été reçus par Shimon Pérès, le président israélien, avant de disputer un match d'entraînement avec une équipe israélienne à Tel-Aviv. Shimon Pérès a qualifié les joueurs de "messagers de la paix", et la radio israélienne a inventé le terme "diplomessi" pour décrire cette initiative.
Les négociations complexes d'un match amical
La tenue de cette "tournée de la paix" a été le fruit d'intenses négociations, particulièrement concernant un match amical envisagé entre le FC Barcelone et une équipe mixte israélo-palestinienne, une proposition initialement soutenue par Shimon Pérès. Cependant, cette formule a été fermement rejetée par Jibril Rajoub, président de la fédération palestinienne de football. Selon lui, un tel match aurait donné aux Israéliens l'opportunité de faire croire que "tout est normal" et d'occulter les "atrocités quotidiennes contre notre peuple et nos athlètes".
Le refus de cette proposition et le début de la tournée en Palestine ont été considérés comme des victoires pour la partie palestinienne. Le Premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, a tout mis en œuvre pour que le match amical entre Israël et l'Argentine se déroule à Jérusalem, suite au récent transfert de l'ambassade des États-Unis dans cette ville. Il espérait que la venue de Messi contribuerait à une dynamique similaire en Amérique latine et au-delà.

La viralité de la désinformation
C'est dans ce contexte tendu que l'infox décryptée, présentant un photomontage et une fausse déclaration de Messi, a connu une diffusion massive. Il est à noter que Jibril Rajoub et d'autres personnalités palestiniennes ont chaleureusement remercié Messi, alors que celui-ci est resté étrangement silencieux sur le sujet. Cette discrétion contraste avec l'association croissante de Messi à Diego Maradona, son compatriote, qui avait déclaré "Dans mon cœur, je suis palestinien" lors d'une rencontre avec Mahmoud Abbas.
La réalité est que Lionel Messi a maintenu une discrétion ostensible, y compris concernant ses contrats de promotion avec des entreprises israéliennes telles que Sirin Labs et OrCam. La polémique a été ravivée par le conflit autour de Gaza et l'annonce d'un match amical entre le Barça et le Beitar de Jérusalem, un club qualifié par certains supporters de "club le plus raciste d'Israël". La rencontre était prévue le 4 août au stade Teddy de Jérusalem, un bastion du Beitar et de ses partisans les plus virulents.
Le football, outil de paix ou de propagande ?
L'épisode du photomontage de Lionel Messi illustre la manière dont le football, discipline universellement populaire, peut être instrumentalisé à des fins politiques et de propagande. Les déclarations attribuées aux joueurs, les images manipulées et les événements sportifs eux-mêmes deviennent des vectures d'information, parfois déformée, dans des contextes de conflits complexes.
Le cas Messi met en évidence la nécessité d'une vigilance accrue face aux informations circulant sur les réseaux sociaux, particulièrement lorsqu'elles sont liées à des personnalités publiques et à des enjeux géopolitiques sensibles. La distinction entre faits avérés et manipulations devient essentielle pour une compréhension éclairée des événements.
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