Marc Riboud : Le Photomontage, une Tour de Force Artistique

Le Musée Guimet conserve le plus grand fonds de photographies de Marc Riboud. Ce photographe français, né en 1923 et décédé en 2016, est particulièrement reconnu pour ses livres et ses reportages axés sur l'Asie. Son parcours photographique a débuté avec l'appareil de son père, utilisé durant les tranchées de la Première Guerre Mondiale. Marc Riboud a ensuite fait ses premières publications dans le magazine Life, où il a notamment présenté la photographie d'un peintre travaillant sur la Tour Eiffel, une de ses œuvres les plus célèbres.

Photographie emblématique de Marc Riboud, Le peintre de la Tour Eiffel

Un Regard sur l'Engagement et l'Humanité

Au cours de sa carrière, Marc Riboud a documenté des événements marquants de l'histoire. Ses reportages ont, par exemple, révélé pour la première fois la solidarité en 1980. En 1987, il a photographié le procès Barbie, et en 2008, il a capturé la victoire de Barack Obama. Marc Riboud n'a jamais recherché le cliché sensationnel ; son objectif constant était de mettre en lumière l'humain dans ses photographies.

Un exemple frappant de sa démarche est la photographie prise en 1967 lors d'une manifestation à Washington D.C. contre la guerre du Vietnam. Marc Riboud y immortalise une jeune fille offrant une fleur aux soldats de l'armée. Il s'agissait de Jan Rose Kasmir, une lycéenne de 17 ans, qui s'est détachée de la foule des manifestants pour s'approcher de la garde nationale et, à quelques centimètres des soldats, a brandi une fleur.

Photographie de Jan Rose Kasmir offrant une fleur aux soldats pendant la manifestation contre la guerre du Vietnam

La "toute dernière photo" qu'il a prise, selon ses propres termes, est souvent considérée comme l'une des meilleures. Fin décembre 1966, Marc Riboud embarque à bord d'un porte-avions nucléaire américain. Ses clichés révèlent l'horreur de la guerre, contrastant avec la propagande américaine du président Lyndon B. Johnson et de son gouvernement.

Trois mois après l'offensive du Têt, en 1968, Marc Riboud se rend dans l'ancienne ville impériale de Hué, partiellement détruite par les troupes du Nord Vietnam puis par les bombardements américains. Face à une opinion publique américaine de plus en plus opposée au conflit, le président fut contraint de négocier. En octobre 1968, Marc Riboud photographie Hô Chi Minh au Nord Vietnam. En 1976, le pays est réunifié sous le nom de République Socialiste du Vietnam.

L'Art de la Composition et la Liberté Créative

Marc Riboud est l'auteur d'images inoubliables, parmi lesquelles figurent les emblématiques Le peintre de la Tour Eiffel (1953) et La Jeune fille à la fleur (1967). Invité par Henri-Cartier Bresson et Robert Capa, fondateurs de Magnum Photos, il rejoint l'agence dans les années 50. Avec une extrême liberté dans le choix de ses sujets, Marc Riboud explore tout ce qui attire son regard attentif, accordant une attention délicate à ses rencontres tout en conservant la distance nécessaire pour observer.

Sa passion pour la photographie s'est poursuivie jusqu'à l'élaboration de ses ouvrages, un processus complexe allant du négatif au BAT (Bon à Tirer). La séquence, l'enchaînement des images imprimées, la qualité et le rythme de la mise en page permettent de construire un récit complexe et d'affirmer une vision personnelle. Les tirages présentés sont de formats variés et sont extraits de ses albums, notamment : La Femme japonaise (1959), Les Trois Bannières de la Chine (1966), Visage du nord Viêtnam (1970), Huang Shan, les Montagnes célestes (1989), I comme Image (2011), 1,2,3 Image (2011) et Choses vues (2012). Ces œuvres sont des chroniques de vie, empreintes d'humour et d'humanité.

Montage de différentes photographies de Marc Riboud illustrant la diversité de ses reportages

Marc Riboud (1923-2016) a traversé une grande partie du 20e siècle avec un regard photographique précis, témoignant d'un certain engagement. Bien que principalement connu pour ses reportages en Asie, l'ampleur de son travail transcende les frontières. Il s'est formé auprès des photographes de Magnum, tels que Robert Capa et Henri Cartier-Bresson, mais s'est rapidement distingué par son esprit de liberté et sa méthode de travail au long cours, qui l'ont amené à emprunter des routes inhabituelles.

L'Éveil d'un Regard : De la Camera Obscura à la Composition

Le premier souvenir photographique de Marc Riboud remonte à son enfance. Allongé sur son lit, il observe un faisceau de lumière traversant les persiennes et projetant l'image de l'extérieur, inversée, sur le plafond. Sa chambre se transformait ainsi en camera obscura, où la fente du volet jouait le rôle de lentille. C'est plus tard, au lycée, lors d'un cours de physique, qu'il comprendra le mécanisme de ce phénomène.

Son sens de l'esthétique lui a été transmis par le photographe Henri-Cartier Bresson, dès leur rencontre en 1952. Ce dernier l'a encouragé à utiliser un viseur qui inversait l'image, un outil essentiel selon lui pour penser la composition. C'est en utilisant ce viseur qu'il réalisera sa première photo mythique : celle de peintres travaillant sur la structure de la Tour Eiffel, apparaissant à l'envers. Surpris, il ajuste instinctivement la composition et prend la photo qui sera rapidement remarquée par Robert Capa et proposée au magazine Life en 1953.

Schéma explicatif du principe de la camera obscura

À côté de ses reportages commandés via Magnum, Marc Riboud photographiait de manière instinctive, suivant son désir. Cette apparente absence de cohérence, qui lui était parfois reprochée par ses confrères, est devenue sa manière de faire « école buissonnière », selon ses propres termes. Marc Riboud se définissait davantage comme un promeneur que comme un voyageur, privilégiant le travail au long cours plutôt que les allers-retours rapides sur le terrain.

Son voyage en Inde en 1955 en est un exemple : il a traversé le Moyen-Orient en Land Rover jusqu'à Calcutta, un trajet qui a duré six mois. Ce désir d'ailleurs trouve son origine chez son père, qui avait également parcouru le monde avec son Kodak après ses études supérieures.

Regards sur la Chine et l'Afrique

En 1965, Marc Riboud capture la vie dans la rue Liulichang à Pékin, célèbre pour ses antiquaires. À cette époque, les Pékinois vendaient leurs bijoux de famille pour survivre. Un an plus tard, la Révolution culturelle forcera la restitution de ces biens à l'État sans contrepartie. Les personnages dans ses photographies semblent avoir été soigneusement disposés pour composer de petites scènes.

Photographie de la rue Liulichang à Pékin en 1965

À Shanghai en 2002, durant un boom économique, des affiches publicitaires géantes animaient les rues. Cette photographie est prise à travers le pare-brise d'un taxi, offrant une perspective unique sur la ville.

La première caractéristique de l'œuvre de Marc Riboud est sans aucun doute son sens aigu de la composition. La disposition des éléments dans ses photographies peut sembler fortuite, mais elle est le fruit d'une réflexion profonde, ce qui constitue la grande force de ses images. Les œuvres de Marc Riboud frappent par le plaisir communicatif qu'elles dégagent et par la personnalité du photographe qui transparaît dans chaque cliché.

En Algérie, il rejoint d'autres photojournalistes, partageant leur passion pour l'actualité et leur désir d'être au cœur des événements lors de l'indépendance en 1962.

Paradoxalement, Marc Riboud ne se définissait pas comme un photographe engagé, mais plutôt comme un curieux, préoccupé par ce qui l'entourait. Son moteur était de voir de près ce dont tout le monde parlait de loin, de se rendre sur les lieux évoqués rapidement à la radio ou lors de discussions. Il ne prétendait pas pouvoir changer le monde par sa pratique, mais cherchait à rendre la vie moins triste, à offrir une autre perspective.

Photographie des montagnes Huang Shan en Chine

Grâce aux conseils de son ami le peintre Zao Wou-Ki, Marc Riboud découvre les « montagnes Jaunes » (Huang Shan), célébrées depuis la dynastie Song par les peintres chinois. Il y retournera souvent, trouvant dans ces pics embrumés une source inépuisable de délectation visuelle.

L'ambivalence de Marc Riboud réside dans son équilibre entre photographie sociale et documentaire et son sens esthétique, qui aboutit à des images d'une grande beauté. Dans les années 1960, il a fréquemment couvert les indépendances de plusieurs pays africains. Au Ghana, indépendant depuis 1957, il immortalise la détermination de pêcheurs devant franchir une dangereuse barre pour trouver le poisson ou décharger des marchandises.

La passe de Khyber, route célèbre depuis l'Antiquité, reliant l'Afghanistan au Pakistan, a également été immortalisée par Marc Riboud en 1956. Cette route a vu passer les armées de Darius, Alexandre le Grand, les Mongols et les Tartares, tous désireux de régner sur l'Inde. Devant le panneau indiquant cette passe, Marc Riboud a longuement hésité sur la route à prendre.

Carte de la passe de Khyber

Marc Riboud a continué à pratiquer la photographie jusqu'à l'âge de 87 ans. Il est décédé à Paris en 2016. L'exposition est accompagnée d'un ouvrage photo publié aux éditions Atelier EXB, intitulé Au long cours.

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