L'écriture araméenne : de ses origines à la fin de l'Antiquité

L’écriture araméenne, dont les premiers témoignages remontent au Xe siècle av. J.-C., manifeste des parentés très étroites avec le modèle de l’écriture phénicienne. Cette proximité a conduit à proposer la définition de “phénicienne-araméenne” pour cette écriture, soulignant l'adoption de l'alphabet consonnantique phénicien par les populations araméophones. L'écriture phénicienne, composée de 22 phonèmes consonnantiques, a été adaptée à la structure phonématique de l'araméen, qui en possédait alors plus de 22, entraînant dans certains cas l'utilisation d'un seul graphème phénicien pour représenter deux phonèmes araméens distincts. Une autre hypothèse suggère une dérivation directe et parallèle de prototypes cananéens.

À partir du milieu du VIIIe siècle av. J.-C., l'écriture araméenne commence à présenter des modifications par rapport au modèle phénicien, tant dans sa direction que dans certains signes. Ce processus de différenciation est attribué au développement d'une activité scribale autonome au sein des royaumes araméens indépendants qui prospéraient alors dans la région syro-anatolienne. Les études de Naveh indiquent que cette évolution s'est poursuivie jusqu'au IVe siècle av. J.-C.

Représentation schématique de l'évolution de l'écriture phénicienne vers l'écriture araméenne, mettant en évidence les adaptations phonétiques.

L'araméen sous les empires néo-assyrien, néo-babylonien et achéménide

Entre le milieu du VIIIe et le milieu du VIe siècle av. J.-C., les populations araméophones, initialement établies dans de petits royaumes autonomes entre l'Anatolie sud-orientale et le plateau syro-arabe, passent sous la domination de l'empire néo-assyrien (744 - 615 av. J.-C.), puis de l'empire néo-babylonien jusqu'au milieu du VIe siècle av. J.-C. L'instauration de l'hégémonie perse achéménide (550 - 330 av. J.-C. env.) marque une nouvelle étape. L'araméen, déjà langue officielle de la chancellerie néo-babylonienne, se répand alors en Mésopotamie, en Syrie-Palestine et au-delà, devenant la langue administrative de tout l'empire perse.

Le Ve et IVe siècle av. J.-C. témoignent d'une utilisation massive de l'écriture araméenne, particulièrement sous sa forme cursive. Les papyrus provenant d'Égypte constituent une documentation exceptionnelle de ce cursive du Ve siècle.

Carte de l'Empire achéménide à son apogée, illustrant l'étendue géographique de l'araméen comme langue administrative.

L'araméen à l'époque hellénistique et romaine

Avec l'effondrement de l'empire achéménide suite aux conquêtes d'Alexandre le Grand (mort en 323 av. J.-C.), la culture grecque s'implante profondément au Proche-Orient. Dans certaines régions, comme l'Égypte, l'araméen décline rapidement dans les documents officiels, supplanté par le grec. Cependant, en Syrie et en Mésopotamie, il conserve son rôle de langue d'usage, le grec s'imposant parallèlement.

L'écriture monumentale, de plus en plus influencée par les formes cursives, perd son autonomie et disparaît, selon Naveh avant la fin du IVe siècle av. J.-C. et selon Garbini, en Palestine, seulement au IIe siècle av. J.-C.

Du IIIe au Ier siècle av. J.-C., les écritures araméennes occidentales sont principalement représentées par l’écriture araméenne carrée, utilisée pour transcrire le texte biblique dès la fin du IIIe siècle av. J.-C., et par l’écriture nabatéenne. Cette dernière, attestée par environ 4 000 inscriptions et un groupe de manuscrits, est en usage du Ier siècle av. J.-C. environ jusqu'au milieu du IVe siècle ap. J.-C. Son histoire est liée à celle de l'État nabatéen, absorbé par l'empire romain en 106 ap. J.-C.

Exemple d'inscription en écriture nabatéenne, montrant les caractéristiques typiques du style.

Les écritures araméennes nord-mésopotamiennes et sud-mésopotamiennes

Dans le groupe des écritures araméennes nord-mésopotamiennes, l’écriture de Hatra occupe une place prépondérante. Attestée dans les inscriptions du site de Hatra et de sa région (Assour, Qabr Abu Nayf, Gali Zerdack, etc.) et du cours supérieur du Tigre, elle est particulièrement représentative de la période entre le Ier et le IIIe siècle ap. J.-C. L'écriture de Hatra se caractérise par une absence de tendances évidentes à la ligature des signes et conserve ses formes et dimensions de manière inaltérée. Bien que Hatra soit la source principale de documents, son aire d'origine pourrait se situer plus à l'est, dans la région d'Adiabène.

Dans l'aire méridionale de la Mésopotamie et les régions montagneuses de l'Iran du sud-ouest, outre l'écriture araméenne carrée, se développent d'autres écritures araméennes. Parmi elles figurent les légendes monétaires des rois de la Characène (Mésène) du IIIe siècle ap. J.-C., l'écriture des bas-reliefs rupestres de l'Élymaïde (IIe siècle ap. J.-C.) et l'écriture mandéenne. Cette dernière, documentée par des textes religieux de la secte gnostique des mandéens, est attestée par des textes anciens remontant au Ve siècle ap. J.-C., constitués d'inscriptions et de textes peints sur des coupes en argile. La production manuscrite en mandéen est attestée à partir du XVIe siècle et se caractérise par des signes cursifs et un système organique de ligatures.

Un témoignage particulier de la diffusion des écritures araméennes en Mésopotamie du Ve au VIIe siècle ap. J.-C. est fourni par les coupes magiques mésopotamiennes, récipients en argile portant des exorcismes et des incantations apotropaïques.

Exemple de coupe magique mésopotamienne avec inscriptions en écriture araméenne.

L'araméen et les empires iraniens

Durant la période achéménide (env. 550-330 av. J.-C.), l'araméen devient la langue de l'administration impériale perse, entraînant une diffusion massive de documents en écriture araméenne à tous les niveaux de l'empire. Bien que ce phénomène ait pu débuter sous les Achéménides, les premiers documents en langue iranienne (parthe) utilisant des graphies dérivées de l'araméen impérial remontent à l'époque arsacide (IIe siècle ap. J.-C.).

Le principe hétérographique a gouverné l'adoption de l'écriture araméenne dans le contexte linguistique iranique. Avec la disparition progressive de l'araméen dans l'usage officiel, des vocables iraniens s'intègrent aux textes, mais la pratique hétérographique perdure. Les mots araméens tendent à se transformer en idéogrammes, surtout à l'époque sassanide.

Par le biais des cultures iraniennes, diverses formes d'écriture araméenne se transmettent aux populations de culture turque d'Asie Centrale (VIe - VIIIe siècle ap. J.-C.). Une variante verticale de l'écriture sogdienne, rattachée à des prototypes d'écriture araméenne de l'époque achéménide, est introduite à la cour de Gengis Khan au XIIIe siècle pour écrire le moyen mongol.

Documentaire - L’odyssée de l’écriture - L'empreinte des civilisations (Partie 2)

Les origines des Araméens et leur expansion

Les origines des Araméens se perdent dans l'histoire. Les premières attestations claires de l'ethnique "Araméen" se trouvent dans les inscriptions du roi assyrien Tiglat-Phalazar Ier (1114-1076 av. n. è.), qui mentionnent ses combats contre les "Araméens-Ahlamu" le long du Moyen-Euphrate en Syrie du Nord. Des textes antérieurs, notamment du XIIIe siècle av. n. è., suggèrent que certains groupes d'Ahlamu proto-araméens étaient des tribus semi-nomades aux frontières des royaumes mésopotamiens.

La tradition biblique des Benê-Jacob, apparemment originaires de l'Aram-Naharayim, confirme que vers le XIIIe siècle av. n. è., cette région était peuplée de pasteurs proto-araméens. Les Israélites conservèrent la mémoire d'une partie de leurs ancêtres comme étant des Araméens, disant : "Mon père était un Araméen errant" (Deutéronome 26,5).

Après avoir résisté à la pression araméenne sous Tiglat-Phalazar III et Assûr-bel-kala (1073-1056), l'Assyrie fut sur la défensive pendant plus d'un siècle (1050-935), période durant laquelle les Araméens fondèrent des villes sur l'Euphrate. Cette expansion est confirmée par des informations bibliques sur la frontière méridionale du territoire araméen. Au début du règne de David (vers l'an 1000), Hadadézer, roi de Beth-Rehov et d'Aram-Zoba, semble diriger une coalition de royaumes araméens et mener ses armées jusqu'à l'Euphrate.

À la mort de David, Hadad, un prince araméen, s'empare de Damas et fonde le royaume de Damas, qui deviendra le principal royaume araméen du Levant-Sud pendant deux siècles et demi, annexant d'autres royaumes araméens. Ce royaume sera un adversaire majeur d'Israël et de l'Assyrie.

L'intégration des royaumes araméens dans l'Empire néo-assyrien

Les premiers royaumes araméens absorbés par l'Empire néo-assyrien furent ceux situés au nord-est, dans la région de l'Euphrate : Hindanu, Laqê, Suhu, et dans la boucle de l'Euphrate : Naïri, Bit-Zamani, Bit-Bahiani (Gouzan), Azallu, Bit-Adini. La statue de Tell Fekheriyeh, datant de la fin du IXe siècle, avec sa double inscription assyrienne et araméenne, illustre la symbiose assyro-araméenne.

La réaction à la pression assyrienne des royaumes araméens du sud-ouest fut variable. Salmanazar III (858-824) intégra le royaume araméen du Bit-Adini et soumit au tribut des royaumes araméens et néo-hittites/louvites à la frontière syro-turque. Les inscriptions monumentales louvites et araméennes montrent que les Assyriens furent parfois bien accueillis.

En 853, Salmanazar III tenta de soumettre les royaumes de la Syrie centrale, mais le roi de Hamat, Irhuleni, s'appuya sur les autres rois du Levant, notamment Damas et Israël. La coalition des "rois de la côte" réussit à stopper l'avancée assyrienne pendant une douzaine d'années.

Le coup d'état de Jéhu en Israël brisa l'unité de la coalition, permettant à Salmanazar III de remporter un succès provisoire. Malgré une ultime tentative en 838, l'armée assyrienne ne put pénétrer dans Damas, où le roi Hazaël opposa une résistance farouche. Les royaumes araméens profitèrent de ce répit pour renforcer leur unité.

Le roi Hazaël de Damas étendit son pouvoir sur tout le Levant et dirigea quelque trente-deux rois vassaux. Son armée traversa même l'Euphrate, atteignant un territoire considéré comme assyrien. Les inscriptions araméennes et les livres bibliques soulignent la grandeur de ce "roi d'Aram", dominant la Phénicie, la Palestine et la Transjordanie. Son règne marqua un développement économique et culturel, avec la diffusion de l'écriture alphabétique.

Chaque royaume araméen conservait son organisation politique et ses traditions culturelles. Le panthéon araméen était généralement dirigé par le dieu de l'orage, Hadad, parfois appelé "maître des cieux". D'autres divinités astrales étaient également vénérées.

Les fouilles archéologiques de sites araméens comme Zencirli révèlent des palais, temples et murailles renforcées, témoignant d'une symbiose architecturale entre les traditions araméenne et néo-hittite/louvite.

Le déclin des royaumes araméens et la politique impérialiste assyrienne

L'expansion araméenne de la seconde moitié du IXe siècle fut de courte durée. Dès son accession au pouvoir vers 805-803, Bar-Hadad, fils de Hazaël, dut faire face à la révolte du roi d'Israël Joas et à celle de Zakkour, roi de Hamat.

Sous le règne du roi néo-assyrien Adad-nârâri III (810-783) et de ses successeurs, le général en chef Shamshi-ilu, peut-être d'origine royale araméenne, exerça une influence considérable sur la politique assyrienne envers l'ouest de l'empire, agissant comme un vice-roi. Il mena plusieurs campagnes militaires, pénétrant dans Damas en 773.

Avec l'accession au pouvoir du roi assyrien Tiglat-Phalazar III (744-727), la politique néo-assyrienne devint systématiquement impérialiste, visant à intégrer tous les territoires des royaumes araméens. En 740, le royaume d'Arpad fut transformé en provinces assyriennes. En 732, ce fut le tour du royaume de Damas et d'une partie du royaume d'Israël. Hamat fut intégré en 720, suivi de Samal.

La disparition des royaumes araméens ne marqua pas la fin de l'existence politique, économique et culturelle de leurs populations. L'intégration de la nombreuse population araméenne transforma l'Empire assyrien en un Empire assyro-araméen. Dès le IXe siècle, la Mésopotamie du Nord était en symbiose avec la culture et la langue néo-assyriennes, un phénomène qui s'accéléra avec l'intégration des royaumes araméens du Levant.

Les scribes akkadiens côtoyaient les "scribes araméens", qui utilisaient l'araméen pour l'administration, notamment sur des supports périssables comme le cuir. L'usage de l'araméen s'étendit ainsi dans tout l'Empire néo-assyrien, y compris dans des inscriptions royales situées au nord-est de l'Assyrie, en Cilicie et jusqu'en Égypte.

L'araméen d'empire, principalement celui de Mésopotamie, intégra des mots d'emprunt et des formules juridiques similaires aux formules néo-assyriennes. Le caractère araméen de l'Empire assyrien devint de plus en plus clair au cours du VIIe siècle.

L'araméen sous l'Empire néo-babylonien et achéménide

Pendant une soixantaine d'années, l'Empire néo-babylonien succède à l'Empire néo-assyrien. Bien que les inscriptions officielles soient en néo-babylonien cunéiforme, l'usage de l'araméen continue de se développer, notamment pour l'étiquetage des tablettes néo-babyloniennes. L'influence de la culture araméenne est encore plus évidente sous le règne du dernier roi néo-babylonien, Nabonide (556-539).

L'entrée de Cyrus à Babylone en 539 marque l'intégration du territoire de l'Empire néo-babylonien dans le vaste empire perse achéménide. Sous Darius (522-486), cet empire s'étend de la Thrace à l'Indus et du sud de l'Égypte à l'Asie centrale. L'ancien pays araméen se retrouve principalement dans les provinces de Transeuphratène et de Babylonie.

La diffusion de l'écriture araméenne est attestée par des inscriptions s'étendant de l'Anatolie à l'Indus et des parchemins araméens d'Égypte à l'Ouzbékistan. L'araméen est également utilisé par les royaumes vassaux ou alliés, tels que le royaume arabe de Qédar. L'utilisation de cette écriture alphabétique facile à apprendre a grandement facilité le bon fonctionnement de l'administration et la perception des impôts.

Cependant, cette diffusion de l'araméen comme langue écrite ne signifie pas que toutes les populations de l'empire parlaient cette langue. Il est crucial de distinguer langue parlée et langue écrite. L'administration pouvait également utiliser concurremment les langues et écritures locales.

Exemple d'ostracon araméen trouvé en Égypte, datant de la période achéménide.

L'araméen après la conquête d'Alexandre le Grand

La conquête de l'Empire perse par Alexandre le Grand (333-331) n'a pas immédiatement bouleversé l'organisation de l'Empire achéménide. Alexandre a maintenu l'unité de cet immense empire. Le véritable changement culturel s'est opéré progressivement sous ses successeurs, les Diadoques, lorsque le grec s'est affirmé comme langue administrative, commerciale et politique.

Le démembrement de l'empire et la multiplication des royautés à la fin de l'époque hellénistique ont entraîné une différenciation de l'écriture araméenne selon les royaumes et les régions. À partir du IIe siècle av. n. è., la désintégration de l'Empire séleucide d'Antioche a vu l'apparition de royaumes locaux qui ont utilisé l'araméen comme langue et écriture officielles.

  • Au sud, dans la région de Pétra, l'écriture nabatéenne fut utilisée de 169 av. au IVe siècle apr. n. è. pour des inscriptions monumentales et des monnaies. Son évolution cursive donnera naissance à l'écriture arabe.
  • En Judée/Palestine, la dynastie hasmonéenne puis hérodienne a conduit à un certain renouveau de la littérature hébraïque.

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