Le Bokeh : L'Art du Flou Artistique en Photographie

Le bokeh est un élément d'une puissance esthétique remarquable en photographie. Ce terme japonais, qui signifie littéralement "flou", fait référence à l'effet de fondu artistique obtenu dans l'arrière-plan d'une photo. En réalité, il est plus que cela : le bokeh est l'art subtil qui joue sur la profondeur de champ, sur la qualité du flou artistique d'arrière-plan et sur la lumière pour mettre en valeur le sujet principal de l'image.

En photographie nature, en particulier en portrait animalier et en macrophoto, le bokeh vous permet de focaliser l'attention sur votre sujet net tout en transformant l'environnement alentour en une toile de fond diffuse et poétique. Un bel arrière-plan flou et une petite bulle de lumière mettent en valeur ce petit Argus.

Un petit papillon sur une fleur avec un arrière-plan flou et lumineux, mettant en évidence le sujet principal.

Vous le savez, en photo, chaque détail compte pour que vos images se mettent à raconter une histoire ou à évoquer une émotion. Un joli bokeh bien maîtrisé peut transformer radicalement vos clichés. Dans cet article, vous allez découvrir tous ses secrets et les techniques pratico-pratiques pour obtenir un beau flou d'arrière-plan, que vous utilisiez un appareil photo hybride, reflex, un compact, ou même un smartphone.

Comprendre le Bokeh

Qu'est-ce que le bokeh en photo ?

Le terme bokeh est utilisé un peu à toutes les sauces dans le monde de la photographie. En japonais, il désigne un flou artistique qui transforme l'ordinaire en un élément irréel. L'esprit est là. Au Japon, le terme remonterait au 19ᵉ siècle, mais en photographie, il n'est utilisé que depuis la fin des années 90. Avant, on parlait juste de "flou d'arrière-plan". Maintenant, on dit bokeh, sans doute parce que c'est plus stylé ?

Théoriquement, le bokeh se réfère à l'aspect esthétique du flou, et même à un flou qui apporte une ambiance onirique à la photo. Mais par extension, tout le monde parle de bokeh pour désigner un flou qui donne de la douceur et de la profondeur à la photo, permettant au sujet principal de se détacher nettement, même si ce flou n'a rien de spécialement magique.

C'est dans ce sens large qu'on utilisera donc le terme de bokeh dans la suite de cet article. Le bokeh au sens large en photographie ne signifie pas forcément un fond rempli de billes de lumière ; ici, c'est simplement le flou de l'arrière-plan.

C'est la profondeur de champ qui produit l'effet bokeh dans une photo

Le secret du bokeh est lié à un seul élément technique : la profondeur de champ. C'est la zone de netteté de part et d'autre du point précis où est réalisée la mise au point. Dit autrement, la profondeur de champ est la distance entre le point le plus proche et le point le plus éloigné qui apparaissent nets dans une photo. Plus cette zone est courte, plus les parties floues de l'image, devant et derrière votre sujet, sont importantes.

Les autres paramètres concernent la composition de votre image, vous les découvrirez un peu plus bas dans l'article. Une faible profondeur de champ génère donc un flou autour du sujet principal. Ce flou, lorsqu'il est bien maîtrisé, devient le bokeh.

Influence des paramètres techniques sur le Bokeh

Influence de l'ouverture du diaphragme

Le diaphragme joue le premier rôle dans la maîtrise de la profondeur de champ. Son ouverture est notée avec un "f" suivi d'un "/" et d'une valeur, par exemple f/2.8. Plus la valeur du nombre f est petite, plus l'ouverture du diaphragme est grande dans l'objectif, et plus la profondeur de champ est réduite, produisant ainsi un bokeh plus prononcé.

Comparaison de photos montrant l'effet de différentes ouvertures de diaphragme (f/2.8, f/4, f/5.6, f/8, f/11, f/16) sur le flou d'arrière-plan.

Voici en photo l'effet de l'ouverture du diaphragme sur le bokeh : Merci à ce daim qui a bien voulu rester immobile pour que je le photographie à f/2.8 puis à f/4, f/5.6, f/8, f/11 et f/16. Ci-dessus, la comparaison des deux extrêmes de la série : la différence de profondeur de champ est flagrante.

Influence de la distance focale de l'objectif

La longueur focale ou distance focale est la caractéristique de votre objectif indiquée en millimètres (mm). Elle joue un rôle crucial dans la création de l'effet bokeh : un téléobjectif (focale supérieure à 50 mm) produit une profondeur de champ plus faible qu'un grand-angle (courte focale). Vous obtiendrez donc facilement un flou d'arrière-plan bien diffus avec un objectif de 85 mm (la focale "à portrait" typique) et au-delà. À l'inverse, il est difficile d'obtenir un bokeh marqué avec un 28 ou un 24 mm.

Comparaison de photos prises avec différents objectifs (200 mm, 70 mm, 35 mm, 20 mm) montrant l'effet de la distance focale sur le bokeh.

Merci à cette gentille peluche qui a bien voulu rester immobile devant une guirlande lumineuse pour que je la photographie avec des objectifs de 200 mm, 70 mm, 35 mm et 20 mm (ouverture constante de f/2.8). Ci-dessus, la comparaison des deux extrêmes de la série. Je me suis déplacé pour que le sujet ait bien la même taille sur les deux photos : le rendu des perspectives et la profondeur de champ sont radicalement différentes d'une focale à l'autre. Regardez l'effet sur le bokeh de chaque focale.

Influence de la distance de mise au point (en macro en particulier)

Le rapport de grandissement est la taille réelle du sujet par rapport à son image sur le capteur de votre appareil photo. Plus il est élevé, plus la profondeur de champ diminue. Prenons par exemple une fleur de 2 cm de large. Si son image sur votre capteur mesure aussi 2 cm, alors vous êtes au rapport 1:1. C'est déjà beaucoup. Et à ces rapports de grandissement, la profondeur de champ s'effondre. L'effet bokeh est alors très prononcé.

Conclusion : si vous voulez plus de flou derrière, rapprochez-vous de votre sujet. Et si vous voulez savoir comment assurer la netteté de votre sujet en macrophoto, vous pouvez consulter cet article : Macrophotographie : les 3 méthodes pour obtenir des photos nettes.

Photo macro d'une fleur avec un arrière-plan extrêmement flou, illustrant l'effet d'un fort rapport de grandissement.

Fleurs de Droséra photographiées à un rapport de grandissement de 1:1 et à pleine ouverture : flou et bokeh garantis :)

Influence de la taille du capteur

La taille du capteur d'un appareil photo influe également sur la profondeur de champ et, par conséquent, sur le bokeh. Un capteur plus grand (comme ceux des appareils plein format 24 x 36 mm) a tendance à produire un bokeh plus diffus que ceux des capteurs plus petits (APS-C ou micro 4/3). C'est dû à la distance focale plus longue nécessaire pour obtenir le même cadrage avec un capteur plus grand.

Si vous retenez juste qu'il sera plus facile d'obtenir un joli bokeh avec un plein format qu'avec un APS-C ou un micro 4/3, c'est parfait 😉

Influence de la formule optique et de la forme du diaphragme

Les effets bokeh à ouverture maximale de l'objectif peuvent varier en fonction du nombre de lamelles qui forment le diaphragme. Plus le diaphragme de votre objectif comporte un nombre élevé de lamelles, plus le bokeh sera doux.

Comparaison de ronds de bokeh avec un diaphragme à 8 lamelles (plus rond) et un diaphragme à 6 lamelles (plus anguleux).

Le nombre de lamelles et la forme du diaphragme ont un effet sur le bokeh : plus le nombre de lamelles est important, plus les ronds de bokeh sont circulaires. Diaph à 8 lamelles à gauche, 6 lamelles à droite.

Techniques de prises de vue pour le Bokeh

Comment faire un joli bokeh ?

Réaliser un bokeh qui équilibre harmonieusement netteté et flou demande aussi de construire votre composition en conséquence.

Gérer les sources lumineuses

Pour une image réussie contenant les fameuses "billes de bokeh", choisissez des arrière-plans qui contiennent des points de lumière. Cela peut être des reflets sur l'eau avec un soleil rasant, ou des trouées de lumière dans la végétation. Les feuilles qui brillent après la pluie ou les gouttes de rosée sont aussi de grands classiques pour un bokeh tout en bulles. Quant aux arrière-plans chargés aux couleurs complexes, ils peuvent se transformer en beaux flous colorés, mettant en valeur vos sujets.

La lumière du petit matin perçant à travers la végétation a permis de créer les fameuses bulles lumineuses souvent recherchées en photo macro ou animalière.

Photo macro montrant des bulles de lumière dans un arrière-plan flou, créées par la lumière du soleil filtrant à travers la végétation.

"Choisir" les couleurs

Là aussi, la lumière joue un rôle crucial dans la création du bokeh. Des conditions d'éclairage douces, comme la lumière du matin ou du soir, vont donner au fond des couleurs plus diffuses, dans des tons pastels doux et oniriques. Autant que possible, les couleurs de l'arrière-plan doivent compléter le sujet sans le distraire. Jouez si vous le pouvez avec les contrastes et les harmonies de couleurs. Toutefois, en photo nature, c'est souvent plus facile à dire qu'à faire. La nature n'est pas un studio dans lequel vous pouvez choisir votre fond et vos lumières. D'où l'importance du repérage pour trouver les meilleurs sites, ceux qui vous donneront les plus beaux environnements pour vos sujets.

Ici, le bokeh d'une belle teinte chaude est dans des tons similaires au pelage du sujet. Un choix artistique mi-choisi, mi-contraint par l'environnement.

Influence de la distance entre le sujet et le fond

La distance entre le sujet et l'arrière-plan affecte directement l'intensité du bokeh : plus le sujet est éloigné de l'arrière-plan, plus le flou est accentué. Donc, autant que faire se peut, mettez un maximum de distance entre votre sujet et le fond. Avec les contraintes de la composition et du cadrage en photo nature, ce n'est pas forcément facile à contrôler, certes… Mais cette séparation permet de mieux marquer le bokeh et de mettre ainsi en valeur le sujet principal de la photo. Et c'est souvent la meilleure manière d'avoir un arrière-plan réellement fondu avec certains objectifs récents dont les ouvertures maximales sont pour le moins riquiqui (les f/6.3 ou f/8 par exemple).

Prêter attention au premier plan

À une distance "classique" de votre sujet, la profondeur de champ ne se répartit pas de manière égale devant et derrière votre sujet. Le rapport est d'environ 1/3 net à l'avant-plan et 2/3 net derrière. Les zones situées devant votre sujet seront donc plus rapidement floues que les zones à l'arrière. Il est donc important de les choisir également avec soin car elles peuvent également participer à la création d'un bokeh harmonieux. Ce n'est plus valable en macro où les zones floues à l'avant et à l'arrière de votre sujet s'équilibrent.

Quels sont les meilleurs objectifs pour un bel effet de bokeh ?

Avoir un objectif lumineux est un gros avantage pour la création d'un bokeh de qualité. Les 85 mm à grandes ouvertures (f/1.2 ou f/1.4) et les zooms 70-200 mm f/2.8 sont pour cela très populaires en photo de portrait ou en reportage de mariage. Mais on va surtout dire ici quelques mots des objectifs pour la photo nature.

Les téléobjectifs à focale fixe

Les rois du bokeh en photo animalière. Ce sont les fameux gros tromblons qu'on voit aussi sur les bords des stades. Les 400 mm f/2.8 et autres 600 mm f/4. Ils pèsent un âne mort et coûtent un bras. Mais avec eux, c'est sûr, vous aurez la crème des arrière-plans.

Un téléobjectif professionnel très cher (ex: Canon 400mm f/2.8) posé sur un appareil photo.

Téléobjectif Canon 400 mm f/2.8 ultra-lumineux. Parfait pour obtenir des arrière-plans bien flous mais inabordables pour la grande majorité des amateurs.

Les télézooms

Depuis quelques années maintenant, fleurissent des optiques plus abordables, de type 150-600 mm f/5-6.3. Toutes les marques s'y sont mises. Mais est-ce qu'il est possible d'obtenir un beau bokeh avec des ouvertures pareilles ? Et bien oui, moyennant quelques précautions à la composition et pas dans toutes les situations. Si vous êtes dans un environnement forestier chargé, ça va être un peu compliqué. Et si votre sujet est tout proche de l'arrière-plan aussi (par exemple un canard qui reste collé aux roseaux…). Donc pour obtenir un agréable bokeh avec ces objectifs, privilégiez les environnements ouverts où vous pouvez avoir un maximum de distance entre le sujet et le fond. L'effet "longue focale" fera le reste.

Un téléobjectif zoom (ex: Sigma 150-600mm f/5-6.3) monté sur un appareil photo.

Les très populaires télézooms 150-600 f/5-6.3, comme ici le Sigma, permettent aussi d'obtenir de jolis bokeh dans beaucoup de situations.

Les objectifs macro

Là, pas de question à vous poser. Avec tous les 50 mm ou les 100 mm macro du marché, vous obtiendrez de superbes bokeh sur vos photos macro de fleurs ou d'insectes, simplement en profitant du fort rapport de grandissement et de la très faible distance entre vous et le sujet.

Une photo macro très rapprochée d'un insecte ou d'une fleur avec un arrière-plan complètement flou et coloré.

Personnellement, j'ai choisi le petit objectif macro Sigma de 70 mm, en gamme art. Photo réalisée avec un 70 mm macro (ouverture de f/2.8). Le fond se transforme immédiatement en une belle toile colorée tant la profondeur de champ est faible aux forts rapports de grandissement.

Les objectifs grand-angles

Là, ça se corse vraiment. Si vous avez un objectif "à paysage" ou que vous envisagez de vous équiper, ayez bien en tête que ça ne va pas être simple d'obtenir des arrière-plans flous. Les rares fois où vous rechercherez un beau bokeh avec un grand angle, aucun truc ou astuce ne viendra à votre secours. Les lois de l'optique sont implacables : avec mon 20 mm ultra-lumineux ouvert à f/1.8, la netteté s'étend très vite à l'infini (dès que le sujet est à 7,5 mètres de moi ou plus, pour être précis).

La seule solution pour flouter (un peu…) le fond avec un objectif grand angle est de photographier un sujet très proche, et de le faire à ouverture maximale.

Une photo prise avec un objectif grand angle (ex: 20mm f/1.8) montrant un sujet proche et un arrière-plan encore relativement défini.

Objectif grand angle ultra-lumineux Samyang 20 mm f/1.8 : même avec une telle ouverture, il est compliqué d'obtenir une faible profondeur de champ avec un objectif d'aussi courte focale.

Quel mode utiliser pour réaliser un bokeh ?

Pour contrôler facilement le bokeh, vous pouvez régler votre appareil photo sur un des trois modes suivants :

Le mode priorité ouverture

Il est noté A (pour "aperture" en anglais) ou Av sur votre sélecteur de modes. Ce mode vous permet de choisir l'ouverture du diaphragme pendant que l'appareil ajuste automatiquement la vitesse d'obturation et éventuellement la sensibilité ISO si vous choisissez "ISO auto". Puisque l'ouverture du diaphragme est l'élément qui a le plus d'impact sur la profondeur de champ, il est assez naturel de vous placer dans ce mode pour contrôler le flou d'arrière-plan et donc l'intensité du bokeh. Mais vous pouvez aussi le faire en mode manuel.

Icône du mode priorité ouverture (A/Av) sur un appareil photo numérique.

Le mode priorité à l'ouverture est parfait pour contrôler finement le bokeh sans avoir à se préoccuper des autres paramètres du triangle d'exposition.

Le mode manuel

Le mode manuel ("M" sur le sélecteur de modes) vous offre un contrôle total sur l'ouverture et sur la vitesse d'obturation. Il n'est pas réservé qu'aux photographes expérimentés. En choisissant "ISO auto", ce mode n'est en effet plus aussi manuel que cela. Vous êtes assuré d'obtenir une exposition correcte tout en choisissant vous-même les paramètres importants : ouverture (donc contrôle du bokeh) et vitesse assez rapide pour que la photo soit nette. La sensibilité ISO sert alors de variable d'ajustement calculée automatiquement par l'appareil. Vous avez le beurre et l'argent du beurre : le contrôle et la sécurité.

Icône du mode manuel (M) sur un appareil photo numérique.

Le mode manuel "M" vous offre la garantie d'un contrôle maximal sur votre image.

Le mode scène "portrait"

Si vous avez peur de rater vos photos avec ces deux modes... [Le reste de cette section semble incomplet ou non pertinent pour la création de bokeh directement via les réglages de l'appareil.]

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