Courbes de Bézier : fondements et applications
Les courbes de Bézier sont des courbes polynomiales paramétriques qui ont été initialement développées dans le but de concevoir des pièces de carrosserie d'automobiles. Leur création est attribuée à Paul de Casteljau en 1959 pour Citroën et, indépendamment, à Pierre Bézier en 1962 pour Renault. Bien que les travaux de Paul de Casteljau aient été confidentiels, c'est le nom de Bézier qui est finalement resté associé à ces courbes.
Ces courbes trouvent de nombreuses applications, notamment dans la synthèse d'images et le rendu de polices de caractères. Avant l'avènement des courbes de Bézier, des courbes d'ajustement appelées splines existaient, mais elles présentaient un inconvénient majeur : leur aspect pouvait changer lors d'une rotation de repère, ce qui les rendait peu pratiques pour la Conception Assistée par Ordinateur (CAO).

Définition et propriétés des courbes de Bézier
Une courbe de Bézier est définie par un ensemble de points de contrôle. Pour une courbe de Bézier cubique, quatre points P0, P1, P2 et P3 sont nécessaires. La courbe se trace en partant du point P0, se dirigeant vers P1, puis en arrivant au point P3 selon la direction définie par P2-P3. Il est important de noter que, en général, la courbe ne passe ni par les points P1 ni par P2 ; ces points servent principalement à indiquer la direction.
Dans ce contexte, les notations P0, P1, P2, P3 représentent des points (ou plus rigoureusement des vecteurs) et non des composantes d'un vecteur, ce qui diffère de l'usage courant en mathématiques.
La formulation mathématique d'une courbe de Bézier cubique B(t) est donnée par :
B(t) = (1-t)³P0 + 3(1-t)²tP1 + 3(1-t)t²P2 + t³P3, avec t ∈ [0 ; 1].
Puisque les polynômes de Bernstein forment une partition de l'unité, on a la propriété suivante :
∑ᵢ Bᵢ,n(t) = 1
Lors du tracé d'une courbe de Bézier, en particulier lors d'appels récursifs pour tracer P(t), la courbe passe par le premier et le dernier point de contrôle. Cela signifie que la position des extrémités de chaque segment (par exemple, L1, L4=R1 et R4) est connue.
Il est à noter que l'arithmétique des nombres réels flottants, directement disponible sur les processeurs modernes, est devenue beaucoup plus rapide que l'allocation de mémoire nécessaire pour une approche récursive. De plus, une méthode qui fournit les pixels de la courbe à tracer sans progression pas à pas ne permet pas d'appliquer l'antialiasing.
Utilisation et extensions des courbes de Bézier
Les courbes de Bézier cubiques permettent d'assurer la continuité en tangence de deux courbes raccordées. Cependant, elles ne permettent généralement pas de conserver la continuité de la courbure aux points d'interconnexion.
Pour dessiner une courbe de Bézier qui approxime un arc de 90° d'un cercle de rayon r, il est nécessaire de disposer de quatre points définis par deux segments perpendiculaires aux axes X et Y, passant par le centre du cercle. Bien que ces cas spécifiques existent, les courbes de Bézier cubiques sont rarement utilisées seules pour décrire des formes complexes comme les cercles ou les coniques de manière exacte.
On préfère généralement se ramener à l'utilisation de courbes cubiques raccordées afin de bénéficier de la continuité de courbure. Pour cela, il est nécessaire et suffisant que le dernier point de contrôle d'une courbe soit le premier point de contrôle de la courbe suivante. Par exemple, pour une courbe définie par les points A, B, C, D, E, F et G, on utilise deux courbes cubiques : la première définie par A, B, C, et D, et la seconde par D, E, F, et G. La continuité est ainsi assurée.
Pour garantir une continuité de classe C¹ en D, il faut que le segment [C, D] soit colinéaire au segment [D, E]. Pour une continuité de classe C² en D, il faut en plus que le segment [B, D] soit colinéaire au segment [D, F], et ainsi de suite pour les dérivées successives.

Applications pratiques des courbes de Bézier
Les courbes de Bézier constituent l'outil fondamental du dessin vectoriel, qui repose sur la transcription mathématique des objets graphiques.
Le format Scalable Vector Graphics (SVG) permet de tracer des courbes de Bézier quadratiques et cubiques.
Dans certains logiciels de dessin matriciel, comme Paint, il est possible de créer des courbes de Bézier d'ordre 3 à l'aide d'outils spécifiques, tels que l'outil « Courbe ».
Certaines courbes de Bézier cubiques peuvent être employées pour définir l'évolution d'une animation ou d'une transition CSS3 en fonction du temps.
Dans le domaine de la gravure musicale, les traits de legato sont traditionnellement représentés par des courbes de Bézier cubiques.
Pour décrire très précisément des courbes telles que les cercles, et plus généralement les coniques, des degrés de liberté supplémentaires peuvent être nécessaires. L'idée consiste à introduire des poids pour les points de contrôle, ce qui conduit aux courbes rationnelles de Bézier. Bien qu'en pratique, les approximations par les courbes de Bézier standard soient souvent suffisantes.
[UT#73] Les courbes de Bézier (Introduction)
Références bibliographiques :
- Yannis Haralambous, Fontes & codages : Glyphes et caractères à l’ère du numérique, O'Reilly, 2004, 990 p. (ISBN 978-2-84177-273-5) - Annexe G.
- (Auteur non spécifié), Spline et B-spline, autres courbes paramétriques.
- (Auteur non spécifié), The Computer-Aided Design of Curves and Surfaces, Addison-Wesley 1986, pp. 123-131.
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